Saïga

Saïga exposé au Centre d’interprétation de la Béringie du Yukon.
Saïga exposé au Centre d’interprétation
de la Béringie du Yukon.

Le saïga est un cousin insolite des chèvres, des mouflons et des antilopes. À l’époque glaciaire, l’espèce parcourait la steppe à mammouth, de l’Angleterre au delta du fleuve Mackenzie, dans les Territoires du Nord-Ouest. Aujourd’hui, son aire de répartition se limite aux steppes arides et semi-désertiques de l’Asie centrale (au Kazakhstan et en Mongolie). L’étude des fossiles révèle que le saïga de l’époque glaciaire était de 10 à 15 % plus grand que le saïga d’aujourd’hui, ce qui donne à penser que la végétation des steppes de la Béringie de l’époque glaciaire était plus riche que celle des steppes d’aujourd’hui et que la compétition pour les ressources y était moindre.

La morphologie du saïga est bien adaptée à la steppe à mammouth de l’époque glaciaire. Son gros museau bulbeux dont les narines sont orientées vers le bas contient plusieurs chambres dont les parois sont recouvertes de muqueuses qui permettent de réchauffer et d’humidifier l’air froid et sec. Cette adaptation lui permettait également de filtrer l’air poussiéreux soulevé par le déplacement des grands troupeaux dans les plaines sèches. En outre, son port de tête bas, ses membres courts et sa démarche sont des adaptations qui lui permettaient de parcourir de longues distances en terrain plat à la recherche de nourriture. 

L’un des plus grands facteurs limitatifs de l’aire de répartition actuelle ou ancienne de l’espèce est la profondeur de la neige. Il peut sembler illogique, pour un animal de l’époque glaciaire, de fuir la neige, mais la neige profonde est un réel obstacle pour le saïga. D’abord, il ne peut pas atteindre l’herbe dont il se nourrit en creusant lorsque le couvert de neige dépasse 30 centimètres. Ensuite, il n’est pas équipé pour affronter la croûte de regel (qui se forme à la surface du couvert de neige lorsque la neige fond et regèle), un phénomène qu’on appelle dhzuts au Kazakhstan et auquel on attribue des épisodes de mortalités massives chez le saïga.

Histoire du saïga au Yukon

Métacarpe de saïga.
Métacarpe de
saïga

Les fossiles de saïgas sont rares au Yukon, mais on en a trouvé le long de la rivière Old Crow et dans les grottes du Poisson-Bleu dans le nord du territoire. Grâce à la datation au carbone 14 d’une série de fossiles provenant de toute la Béringie, on a pu déterminer que le premier saïga a vraisemblablement franchi le pont continental de Béring vers l’Alaska voilà environ 40 000 ans, pendant une période relativement chaude de l’époque glaciaire qui a précédé une période extrêmement froide et sèche.

Une absence de fossiles (datés au carbone 14) vieux de 15 000 à 20 000 ans semble indiquer que, pendant cette période, les populations de nombreux mammifères de l’époque glaciaire ont connu un déclin, dont celles de saïga. La croissance de la population a repris avec le réchauffement du climat, et l’espèce a continué de se répandre vers l’est, atteignant le delta du Mackenzie il y a environ 14 000 ans. Pendant les glaciations, le saïga est resté prisonnier au nord des glaciers continentaux.

Malheureusement, comme bien des animaux du Pléistocène, le saïga n’a pas survécu en Amérique du Nord à la fin de l’époque glaciaire. Son aire de répartition, si vaste pendant l’époque glaciaire, a rétréci au point que l’espèce est désormais confinée à son aire de répartition principale, en Asie centrale. Des études génétiques d’os anciens et modernes révèlent que les populations de l’espèce ont connu plusieurs périodes d’effondrement voilà 12 000 ans et récemment, particulièrement vers la fin de l’ère soviétique. On estime que leur nombre aurait chuté de 95 % au cours des dernières décennies, et la décroissance se poursuit. Selon la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature, le saïga est en danger critique d’extinction.

Pour en apprendre encore plus sur le saïga, consultez le dossier de recherche sur la Béringie (en anglais).