Pécari à Tête Plate

Premier os de pécari découvert au Yukon, au nord d’Old Crow.
Premier os de pécari découvert au Yukon, au nord d’Old Crow.

Le pécari, un cousin éloigné du cochon d’Europe et d’Asie, est présent sur le continent américain depuis fort longtemps. Le pécari à tête plate (Platygonis compressus) avait sensiblement la même taille que le sanglier européen (Sus scrofa), soit environ 75 centimètres au garrot. Les crânes de pécaris de l’époque glaciaire qu’on a retrouvés semblent indiquer que l’espèce avait un petit cerveau, mais un odorat bien développé et une excellente vue. Leur groin et leur cavité nasale surdimensionnés leur auraient permis de filtrer l’air sec et poussiéreux balayé par le vent caractéristique de l’environnement de l’époque glaciaire.

On trouve plus de traces de la présence de pécaris à tête plate de l’époque glaciaire aux États-Unis et au Mexique, où ils vivaient généralement en groupes ou même en petites hardes. Au Texas, au Missouri et au Kentucky, on a d’ailleurs découvert des sites regroupant de nombreux squelettes fossilisés de pécaris à tête plate appartenant à des hardes entières. Dans une caverne du Missouri (Bat Cave), des fossiles provenant d’au moins 98 individus ont été retrouvés ensemble, ce qui donne à penser que la caverne aurait été utilisée pendant de nombreuses années par la harde pour s’abriter. Dans un autre site, à Hickman (au Kentucky), on a découvert une harde de pécaris à tête plate qui auraient trouvé la mort dans une tempête de poussière. La position des squelettes fossilisés semble indiquer que les bêtes se seraient tenues dos au vent, mais qu’elles auraient toutes péri, étouffées par la poussière. 

Le pécari à tête plate s’est éteint vers la fin de l’époque glaciaire, il y a environ 11 000 ans, comme de nombreux autres grands mammifères de l’époque glaciaire. Rien n’indique que les hommes préhistoriques les auraient chassés jusqu’à l’extinction. Peut-être que l’espèce n’a tout simplement pas pu s’adapter aux rapides changements du climat et que les populations ne se sont jamais rétablies.

Les cochons de l'époque glaciaire au Yukon

À ce jour, seulement deux os de pécaris ont été retrouvés au Yukon. Le premier était un fragment du radius (partie inférieure) d’une patte antérieure, trouvé le long de la rivière Old Crow en 1977. Cette découverte a permis de déplacer la limite septentrionale de l’aire de répartition de l’espèce de plus de 3 000 kilomètres vers le nord. Avant, on pensait que l’espèce n’avait jamais dépassé le centre des États-Unis. Jamais les paléontologues n’auraient cru que le pécari pouvait survivre au-delà du cercle polaire arctique pendant l’époque glaciaire. L’autre os fossilisé a été découvert au ruisseau Independence, en 2015.

Le saviez-vous?

L’un des premiers fossiles découverts en Amérique du Nord est un crâne de pécari, trouvé dans une caverne du Kentucky en 1804 ou 1805. Le crâne est resté dans la collection d’un musée jusqu’à ce qu’on puisse le décrire et le nommer, en 1853.

Les scientifiques ne savent pas à quelle période le pécari aurait vécu au Yukon. Le fossile trouvé à Old Crow est plutôt petit et, jusqu’à maintenant, aucune datation au carbone 14 n’a été effectuée sur les spécimens. Il est toutefois vraisemblable que le pécari ne se soit aventuré jusque dans la région arctique qu’à l’occasion d’une période interglaciaire, il y a environ 125 000 ans. Les conditions climatiques qui existaient alors semblent avoir favorisé la migration vers le nord de bien des mammifères de l’époque glaciaire établis plus au sud, comme le mastodonte d’Amérique et le paresseux marcheur de Jefferson. La rareté des fossiles de pécaris découverts au Yukon donne à penser que peu d’individus ont effectivement atteint le territoire, et que ceux qui y sont parvenus n’y ont pas survécu bien longtemps.

Pour en apprendre encore davantage sur le pécari à tête plate, consultez le dossier de recherche sur la Béringie (en anglais).