Paradoxe

Comment les mammouths ont-ils survécu à la dernière période glaciaire en Béringie?

Les mammouths, les bisons et les chevaux étaient les plus communs des nombreux grands mammifères à parcourir les étendues froides et arides communes à l'apogée de chaque glaciation. La Béringie était alors plus froide et aride que de nos jours. Comment ces grands ruminants pouvaient-ils y survivre?


Artiste : George Teichmann

Les plantes de la toundra ne pouvaient nourrir de grands ruminants.

Des fragments de plantes prélevés sur les dents fossilisées de ces grands mammifères indiquent qu'ils mangeaient surtout de l'herbe. De nos jours, au lieu d'herbe, la toundra nordique foisonne de plantes peu nutritives qui sécrètent des substances toxiques destinées à décourager le broutage. Les plantes de la toundra poussent dans des sols qui demeurent froids et humides en raison du pergélisol sous-jacent qui bloque le drainage de l'eau et parce que les mousses isolantes à la surface empêchent les rayons solaires de réchauffer le sol. Les plantes de la toundra n'auraient jamais pu nourrir mammouths, bisons et chevaux.


Toundra, Eagle Plains, Yukon. Photo : John Meikle, gouvernement du Yukon
Encart : Les buttes entourées d'éricacées sont un phénomène fréquent dans la toundra yukonnaise, plateau de la rivière Peel. Les carex forment des réseaux de racines impressionnants qui maintiennent les buttes au-dessus du pergélisol. Photo : John Meikle, gouvernement du Yukon

Les prairies des périodes plus froides pouvaient nourrir de grands ruminants.

À l'apogée de chaque période glaciaire, une partie de la Béringie était recouverte de prairies très sèches connues sous le nom de «steppes à mammouths». Un ciel dégagé, des plaques de terrain dénudé et une faible couverture neigeuse permettait au soleil de réchauffer plus facilement le sol, repoussant le pergélisol à une plus grande profondeur. Même si la température ambiante était plus froide, celle du sol était sans doute plus chaude qu'aujourd'hui, permettant ainsi la pousse de grandes herbes. Ces vastes prairies, comme celle qui se trouve devant vous, étaient probablement semblables à ce que l'on peut voir de nos jours autour de Carmacks sur les pentes faisant face au sud.


Prairie, Kusawa, Yukon. Photo : Juri Peepre, Société pour la protection des parcs et des sites naturels du Canada - Yukon
Encart : Artiste : George Teichmann

Il est ironique de constater qu'un réchauffement des températures a entraîné le refroidissement du sol au Yukon. Pensez-vous que cette tendance se poursuivra avec le réchauffement climatique, ou qu'il se formera au contraire une couche de sol arable?